Publié : 21 juillet 2010
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    Les Justes parmi les Nations dans l’Eure

    Sur le site de l’AJPN on trouve des informations extraites du livre de Yves Lecouturier, Shoah en Normandie, publié chez Cheminements en mai 2004.

    http://www.ajpn.org/departement-Eure-27.html

    En voici les principales données :

    Au total, en Normandie, plus de 900 personnes seront arrêtées parce que Juives, dont au moins 740 seront déportées vers Auschwitz. Le plus jeune avait quelques semaines, le plus âgé avait 84 ans.
    On estime que 63 Juifs ont été raflés dans l’Orne, 58 dans la Manche, 127 dans le Calvados, 67 dans l’Eure et 607 en Seine-Maritime.

    Quelques familles ont été sauvées et ceux qui leur sont venus en aide ont été honorés en recevant le titre de Justes parmi les Nations ; neuf Justes ont été identifiés dans l’Eure (les notices qui suivent ont été réalisées avec le concours du Comité français pour Yad Vashem) :

    - Marie Bailly et Odette Bailly (Évreux)

    Marie Bailly, veuve, et sa fille Odette ont recueilli en 1943 le petit Philippe Amarillo, âgé de 4 ans. Elles racontaient à tous que le petit "Philippe Marion", comme elles l’avaient renommé, avait été placé chez elles à cause des restrictions alimentaires à Paris. Sa mère est venue le rechercher après la Libération. Il a toujours conservé des liens affectifs avec Marie Bailly et avec Odette.

    - Le pasteur Émile Dallière (Évreux)
    Non renseigné

    - Henriette Duchemin (La Chapelle-du-Bois-des-Faulx, arrondissement d’Évreux, canton d’Évreux-Nord)

    Le Dr Rita Breton a sauvé environ 200 enfants en leur trouvant des abris dans des familles en Normandie, avec la complicité d’Henriette Duchemin, institutrice à l’école primaire de La Chapelle-du-Bois-des-Faulx et secrétaire de mairie.
    La plupart des familles d’accueil ignoraient que les enfants, munis de faux papiers, étaient Juifs.

    En octobre 1943, le mari de Dorothée Morgenstern est arrêté par la police française à Paris et déporté vers l’Est.
    Dorothée Morgenstern , enceinte de 5 mois, est désormais seule à Paris.
    Elle confie alors ses deux enfants, Henri , 8 ans, et Jacques à l’OSE (Œuvre de secours aux enfants).
    Le 19 octobre 1943, le Dr Rita Breton de l’OSE les emmène dans son appartement où ils passeront la nuit.
    Rita Breton les emmènera le lendemain à La Chapelle-du-Bois-des-Faulx , dans la Sarthe où ils sont confiés à Henriette Duchemin qui les confie à son tour à l’épicière du village après leur avoir fait de faux papiers.

    - Pauline Lebarbier (Saint-Ouen-de-Thouberville, arrondissement Bernay, canton Routot)

    Non renseignée

    Citée dans « Chrétiens et Juifs sous Vichy, 1940-1944 : sauvetage et désobéissance civile »
    par Lîmôr Yāgî

    - Geneviève et René Gastelais (Mesnil-sur-l’Estrée, canton de Nonancourt)

    Geneviève est l’épouse de René Gastelais et la fille d’Albert et Marguerite Moreau.

    Noha Ringart est arrivé de Lodz via Berlin en France en 1933. Il est photographe.
    Son épouse, Paula Oistrach, native d’Odessa, émigra en Allemagne avant de choisir la France en 1933. Après des études aux Beaux-Arts, elle devint tisserande à la main.
    Il se rencontre à Paris. Leur fille Anna naît en 1937. Ils s’installent à Gif-sur-Yvette.

    La guerre vient tout bouleverser.
    La petite entreprise de tissage associant Paula Ringart et Germaine Volpe vient à manquer de matières premières. Il faut trouver de la laine brute. C’est ainsi que Paula fait la connaissance de Geneviève Gastelais, épouse d’un marchand de moutons de la Beauce.
    Isay Oistrach, le père de Paula, est interné comme étranger dès 1940. Libéré, il sera à nouveau arrêté en novembre 1942 et déporté sans retour à Auschwitz.

    Dès que les menaces antisémites se précisent et se multiplient, Geneviève Gastelais propose d’accueillir chez elle, au Mesnil-sur-Estrées, Paula Ringart, sa mère Rosa Oistrach et la petite Anna, âgée alors de 5 ans.
    Noah Ringart restera caché au troisième étage de la maison-atelier de Germaine Volpe à Gif-sur-Yvette.
    Geneviève fait alors appel à un parent, Aimé Breton, instituteur qui est également secrétaire de mairie. Il va devenir l’organisateur du sauvetage des trois fugitives jusqu’à la Libération.
    Aimé Breton leur fournit de faux papiers et veille à leur trouver des lieux d’accueils successifs pour éviter qu’elles ne restent trop longtemps dans la même cachette. Il s’assurera de leur ravitaillement régulier.

    Après le Mesnil-sur-Estrées, chez les Gastelais, Rosa Oistrach, Paula Ringart et la petite Anna iront chez les parents de Geneviève, Albert et Marguerite Moreau, à Abondant, puis dans la famille de la belle-fille d’Aimé Breton, Thérésia Breton née Mousseigne à Boissy-Saint-Laurent-la-Gâtine.
    Grâce à leurs faux papiers, Paula devient Paula Mousseigne et sa fille Anna porte le nom de la sœur de Thérésia Breton, Jeanne-Lise. Rosa Oistrach deviendra une Durand...

    Institutrice, Thérésia Breton veille à la scolarité de la petite Anna. Un propos imprudent tenu à l’école obligera les trois juives à disparaître dans un nouveau refuge. Ce sera la Maison des Grès près d’Abondant.

    Après guerre, la famille Ringart a gardé des liens privilégiés avec Aimé Breton et tous leurs autres sauveurs.

    - Agnès et Bernardus Zoetelief Tromp (Breteuil)

    En 1939, la famille Rakovsky, qui a émigré de Tchécoslovaquie en 1929, compte deux enfants, Jean, né en 1932, et Jacqueline, née en 1933.
    M. Rakovsky travaille à l’usine de la Madeleine, à Verneuil-sur-Avre.
    Le 22 octobre 1943, des Allemands – accompagnés de gendarmes français – viennent arrêter toute la famille.

    Jacqueline parvient à s’échapper sous le prétexte - inventé par sa mère - d’aller prévenir les voisins de s’occuper de leur basse-cour en leur absence.
    Ces voisins s’appellent Agnès et Bernardus Zoetelief Tromp et sont à 5 km du domicile des Rakowsky.
    Jean, pensionnaire au collège de Verneuil est prévenu par le proviseur et se réfugie spontanément chez les époux Zoetelief Tromp.

    Jacqueline a appris plus tard que les Allemands s’étaient de nouveau présentés à leur domicile.
    Les Zoetelief Tromp sont d’origine hollandaise. Le père de Bernardus, Johannes (Jan) Zoetelief Tromp, né à Jakarta (Batavia) Indes néerlandaises le 13/12/1872 et mort à Breteuil le 26/09/1947 est un célèbre peintre hollandais qui vivait à Breteuil depuis 1928.

    Agnès et Bernardus avaient promis au couple Rakovsky de se charger des enfants au cas où… Ils gardent Jean et Jacqueline quelques jours et, durant ce temps, s’efforcent de les rassurer et de leur redonner un peu d’espoir. Puis ils les placent chez des familles amies, le temps pour eux de préparer leur passage en zone libre, d’où ils pourront rejoindre leur oncle, André Rakovsky, chez qui ils resteront jusqu’à la fin de la guerre.

    Après la guerre, les Zoetelief Tromp ont toujours gardé de l’affection pour Jean et Jacqueline. En 1945, Jacqueline part chez une tante aux Etats-Unis. Elle y restera 3 ans. Jean redevient interne au collège de Verneuil et ira passer ses week-ends chez Bernardus et Agnès Zoetelief Tromp.

    Jean et Jacqueline ont gardé des relations affectives avec les Tromp, jusqu’au décès de ceux-ci.

    Le site de l’AJPN présente deux autres exemples de familles hébergées, cachées ou sauvées dans le département de l’Eure :

    - Bosgouet

    En octobre1942, la famille Malamout

    Suzanne, 11 ans, et deux de ses frères, jumeaux, sont placés par l’UGIF en octobre 1942 chez M. et Mme Robert Romain à Bosgouet, de modestes fermiers, après l’arrestation et la déportation sans retour de leur mère et de cinq de leurs frères et sœurs. Ils y retrouvent d’autres enfants. Les enfants travaillent à la ferme. Leur père sera lui aussi déporté sans retour. Les Romain, tout comme les habitants du village, ignorent que les enfants sont juifs et ne l’apprendront qu’après la guerre. Les Romain souhaitent adopter les enfants devenus orphelins après la guerre, mais ils seront placés dans un orphelinat juif jusqu’à leur majorité.

    - Le Vaudreuil

    En octobre1943, la Famille Frucht :

    Alors que les parents Frucht sont raflés en octobre 1943, le maire de Saint-Cyr-du-Vaudreuil, Arthur Papavoine choisit de protéger les enfants demeurés seuls. Les deux filles sont confiées pour quelques jours aux soeurs de l’école de Notre-Dame-du-Vaudreuil, tandis que Michel est confié à Marie Constantin, une dame de 70 ans, sans enfants. Michel restera chez Marie Constantin jusqu’à la Libération, il a alors 10 ans et reviendra souvent voir Marie et son neveu Émile Leblanc.