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    Publié : 23 juillet 2010
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    Les camps de Barenton (Manche) et de Louviers (Eure)

    L’internement des Tsiganes en Normandie 1940–1942

    « Parce qu’ils étaient considérés comme des « asociaux », entre 250 000 et 500 000 Tsiganes, sur les 700 000 qui vivaient en Europe, ont été exterminés par les nazis et leurs alliés – à l’exception de la Bulgarie – au cours de la seconde guerre mondiale.

    En France, selon l’historien Denis Peschanski, d’octobre 1940 à juin 1946, environ 3 000 Tsiganes furent regroupés dans une trentaine de camps, placement facilité par la loi de 1912 ordonnant leur fichage comme « nomades ».

    Plus de 60 ans après les événements, cette histoire douloureuse reste encore trop peu connue. « 
    http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1717

    Une contribution de Marie-Christine HUBERT permet de mieux cerner cette question (cf pièce jointe).
    On lira également avec profit : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichepage.php?idLang=4&idPage=1446

    Deux centres d’internement ont existé en Normandie, l’un dans la Manche à Barenton, l’autre dans l’Eure à Louviers
    (cf la carte en pièce jointe issue de http://www.memorialdelashoah.org/upload/medias/JS_A3_FranceC15multiCMJNmodiMer.pdf )

    Le centre de Barenton est le plus connu des deux. Jacques SIGOT a consacré une courte notice dans un article paru dans la revue ETUDES TSIGANES (n°2/1995, vol 6) :

    « La Cité de la Mine de Barenton

    Le 11 avril 1940, le camp est installé dans une ancienne mine de fer, à 7 km au nord-ouest du bourg, sur les instructions du préfet de la Manche. Ce camp existait précédemment à Gavray où les nomades, et une certaine catégorie de forains, devaient être placés en résidence forcée.

    Présence de deux bâtiments en brique :
    - un pour le personnel de surveillance
    - un pour les internés, compartimenté en 16 pièces logeables.

    Les ménages disposent de 2 pièces, l’une au rez-de-chaussée, l’autre à l’étage. Ni électricité, ni eau. L’eau potable est recueillie à 900 m du camp. Une ceinture de barbelés est rapidement établie. 5 gendarmes assurent la surveillance. Capacité maximum : 40 internés. Ils sont 36 le 17 janvier 1942 ; 36 encore le 21 juillet : 12 hommes, 6 femmes et 18 enfants.

    Les Archives nationales (72.AJ.284) évoquent ce camp de Barenton. Le document n’est pas daté :
    "Une cinquantaine d’internés, de nationalités diverses. Portent des vêtements civils. Ne sont pas maltraités. Vont travailler librement chez des agriculteurs et sont rémunérés. Ne peuvent pas sortir le dimanche. N’ont pas d’ausweiss".
    Barenton (Manche)

    Le 6 août 1942, une demande est effectuée pour transférer les 36 nomades (12 hommes, 6 femmes, 18 enfants) du camp de Barenton dans celui de Montreuil-Bellay. Ce dernier refuse. Nouvelle demande en octobre, cette fois acceptée. Télégramme du préfet de la Manche à celui du Maine-et-Loire, daté du 5 octobre :
    "35 nomades Barenton partiront 8 courant 10 h 49. Arriveront Montreuil-Bellay 9 à 22 h 05. Stop. Prévoir transport pour 18 enfants et 4 vieillards."
    Ils entrent dans le camp de Montreuil le 9 octobre, à 17 h. Une note précise que le camp de Barenton étant installé dans des conditions très précaires, il n’y a aucun matériel susceptible d’être utilisé ailleurs. »
    http://www.memoires-tsiganes1939-1946.fr/Les%20Camps%20pour%20Etudes%20Tsiganes,%20illustr%E9,%2014%20ao%FBt%202009.pdf

    Une stèle a été inaugurée à l’emplacement de l’ancien camp le 11 octobre 2008. Les démarches furent nombreuses et laborieuses, preuves si il en était besoin des réticences dans le domaine mémoriel. Jacques SIGOT retrace les péripéties qui ont finalement abouti à l’érection de la stèle, il livre en même temps de nouvelles informations sur le camp de Barenton dans : http://sd50.fsu.fr/IMG/pdf_Stele_du_camp_de_Barenton_Fin_30-10-2008.pdf (cf fichier joint).
    Signalons enfin qu’un roman de Didier Daeninckx, « La route du Rom, Une enquête de Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe », publié au Seuil en 2003, évoque ce camp (http://www.libellus-libellus.fr/article-valognes-une-petite-ville-sans-histoire_01-sur-la-route-du-rom-47760594.html ).

    A Louviers en revanche rien ne rappelle l’existence d’un centre d’internement.
    (cf Une mémoire française
    Les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale, 1939-1946 : http://www.memoires-tsiganes1939-1946.fr/steles.html )
    Ce camp, parfois oublié des listes, a pourtant fonctionné du 17 novembre 1940 au 7 mai 1941, date à laquelle les internés furent transférés dans le camp de Jargeau (Loiret). La courte existence du centre de Louviers, à peine six mois, explique sans doute pour une part le peu de souvenir qu’il en reste.