Publié : 27 juillet 2010
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    Le maquis de Barneville-sur-Seine

    Le maquis de Barneville-sur Seine

    1) Une rapide synthèse sur :

    http://www.petit-quevilly.fr/histoire/histoire/le-maquis-de-barneville

    « Nous sommes en 1943. Le fascisme hitlérien lancé depuis 4 ans à la conquête de l’Europe s’essouffle sur le front russe.

    Le résistant Albert Lacour, de Grand-Quevilly, reçoit la mission d’organiser un groupe qui agira essentiellement sur la rive gauche de la Seine, de Rouen à La Bouille, par Petit-Quevilly, Petit-Couronne et Grand-Couronne.

    Les hommes sont vite rassemblés. Ils sont finalement 14 Français en majorité de Petit-Quevilly et un Autrichien déserteur de la Wehrmacht. Par un de ses amis chasseur, Albert Lacour connaît une cachette qui lui semble idéale. Il s’agit d’une marnière abandonnée dans le bois de la Fromagerie, à 3 kilomètres et demi de Bourg-Achard. Albert Lacour et ses camarades s’y installent et multiplient les actes de résistance.

    De mai à août, une cinquantaine d’actions sont à inscrire à leur actif. À l’été 1943, l’un des maquisards est reconnu et arrêté par des miliciens. Le 24 août, 200 soldats allemands et 100 miliciens français arrivent à Bourg-Achard. Le groupe de résistants est devant la grotte.

    En quelques secondes ils ne sont plus que dix à l’intérieur, deux ont été pris tout de suite par les assaillants. Les Allemands arrosent l’entrée de rafales de mitraillettes.

    Albert Lacour et l’Autrichien tombent sous les balles. Les frères Séhy sont arrêtés tandis qu’ils rentrent avec le ravitaillement. Après des semaines d’interrogatoires, ils sont fusillés le 8 novembre 1943 avec 5 de leurs compagnons. Un mois après, 5 autres sont déportés à Buchenwald.

    Un seul parviendra à s’évader de la prison de Bonne Nouvelle pour rejoindre un nouveau maquis. »

    Pour en savoir plus : Le maquis de Barneville, F. Chatel, édité par la Ville de Petit-Quevilly, 1968.

    2) Une courte présentation d’un des membres du maquis, André DUMONT, à l’adresse suivante :

    http://www.ville-merslesbains.fr/site/pages/mairie/bulletins/10/3.htm

    « André DUMONT est né à Mers Les Bains le 6 août 1920. Réfractaire au Service du Travail Obligatoire (STO), il intègre le maquis FTP de Barneville dans l’Eure, en compagnie de 11 normands, de 2 autres picards et d’un déserteur autrichien. Le jeune mersois âgé de 23 ans devient l’adjoint du chef du maquis, Albert Lacour, âgé lui-même de 22 ans. Ce groupe est très actif, notamment dans la proche banlieue de Rouen où de nombreux ouvrages d’art sont sabotés. Entre le mois de Mai et le mois d’Août 1943, une cinquantaine d’actions sont à mettre à l’actif de ces quinze hommes. A la suite d’une action à la Mairie de Grand-Quevilly, pour récupérer des cartes d’alimentation, ils sont dénoncés et le 24 août 1943 l ’Armée Allemande et la Milice déclenchent une vaste offensive contre ce maquis. Deux hommes seront tués au cours de l’attaque (Albert Lacour et le soldat autrichien), sept seront fusillés, sans jugement au camp du Madrillet et cinq autres seront déportés à Büchenwald. Quant à André Dumont, alias Fred, il échappe miraculeusement à l’exécution du Camp du Madrillet et sera fusillé le 5 février 1944 à la Citadelle d’Amiens. »

    3) Une analyse sur le lieu de mémoire
     :
    Le monument du maquis de Barneville (vers 1947)

    Les dossiers du "Groupe de Réflexion et Production"
    CORPS ET SCULPTURE COMMEMORATIVE AU XXe SIECLE
    http://arts-plastiques.ac-rouen.fr/grp/sculpture_commemorative/maquis_barneville.htm

    « Description :

    Le maquis est une ancienne marnière abandonnée dans le Bois de la Fromagerie, à trois kilomètres et demi de Bourg-Achard. Pour des raisons naturelles, de grands maquis ne pouvaient se créer dans la région normande, mais la ceinture forestière du sud et du sud-est du département était propice à de telles implantations. C’est pourquoi des maquis se créèrent à Barneville, Mortemer et Ry. A l’entrée du Bois de la Fromagerie, sur la Départementale 91 se dresse une stèle en pierre blanche incrustée de silex. Sur cette stèle sont apposés ces mots : « Maquisards de Barneville vous êtes toujours vivants dans nos combats pour la liberté et la paix ». A droite de cette stèle se trouve un panneau indicateur de circuits en forêt sur lequel est mentionné : « Toi qui passe souviens toi que dans ce bois le 23 août 1943 des hommes ont combattu et sont morts pour la liberté » (soulignons une petite erreur de datation, la prise du maquis ayant eu lieu le 24 août 1943).
    Ces inscriptions confèrent au Bois de la fromagerie (où se situe l’ancienne marnière) un statut de lieu de mémoire. A 200 m à l’ouest de la stèle située sur la Départementale 91et sur le côté droit de l’entrée de l’ancienne marnière, deux plaques commémoratives sont apposées sur la même stèle : « A la mémoire des Francs-tireurs et partisans morts pour la France. Tombés au combat et fusillés comme otages le 24 août 1943. Le Groupe 28 FFI-FTPF à leurs camarades morts pour la France le 29 août 1944. »

    Le Corps et le Monument du Maquis de Barneville :

    Le monument consacre le bois comme lieu de mémoire, il permet d’ancrer le souvenir collectif dans un paysage, il informe sur la nature historique et sur l’exemplarité des évènements qui s’y sont déroulés. L’installation des deux stèles est une intervention définitive à l’échelle du Bois de la Fromagerie, le corps est engagé dans un parcours commémoratif à travers le Bois. La plaque sous le panneau indicateur des différentes promenades réitère l’ancrage du Lieu comme Lieu de Mémoire : « Toi qui passe souvient toi... ».
    Ce monument invite à tresser le paysage avec l’histoire dans un circuit en forêt. Le paysage se lit alors comme une couche de traces actives, lieu de mémoire qui semble vivre de la présence de ces maquisards qui l’ont investi et qui y sont morts. Le lieu et le temps se donnent rendez-vous dans ce bois, la première stèle sollicite le spectateur à pénétrer les profondeurs du paysage, elle nous ouvre à l’espace, c’est un seuil à partir duquel on doit se souvenir. La deuxième stèle à côté de l’ancienne marnière procède comme le jalon essentiel du parcours. Les stèles invitent le corps du spectateur à se plonger dans l’espace naturel du Bois et informent le spectateur sur la charge émotionnelle et historique de ce parcours. Les deux stèles mettent en scène une promenade teintée de commémoration, elles sous-tendent la perception du parcours à travers le bois. La relation physique à l’espace du bois déserté et silencieux renvoie à la symbolique du corps des résistants disparus dans leur combat pour la Liberté.

    Honorer la mémoire : Lieu de résistance, Lieu de mémoire :

    La Normandie a été un secteur important pour la Résistance. De nombreux éléments y contribuèrent : les entrepôts, les installations du port de Rouen, les entreprises (qui sont sous le contrôle de l’armée allemande) et le chemin stratégique, la ligne de chemin de fer qui, passant par Rouen reliait le nord de la France aux fortifications côtières de la Manche. En 1943, le résistant Albert Lacour (de Grand-Quevilly) reçoit la mission d’organiser un groupe qui agira essentiellement sur la rive gauche de la Seine, de Rouen à La Bouille, par Petit-Quevilly, Petit-Couronne et Grand-Couronne. Le Maquis FTPF (Francs tireurs et partisans français) de Barneville dirigé par Albert Lacour, un groupe composé de quatorze hommes. Parmi ces hommes se trouve Rudolf Pfandhauer, jeune autrichien antifasciste, déserteur de la Wehrmacht, qui a conservé son uniforme et son arme. Avec son aide les actions s’enchaînent : patrouilles allemandes attaquées, entrepôts incendiés, trains déraillés, une cinquantaine d’actions en quatre mois. Le groupe est trahi et dénoncé par l’un des leurs. Le 24 août ce lieu est investi par l’armée allemande et la milice, Rudolf Pfandhauer et Albert Lacour sont tués durant l’assaut. Le reste du maquis est emmené à Rouen, les hommes seront interrogés et torturés. Sept sont fusillés et on ne retrouvera jamais leurs corps, cinq sont déportés à Buchenwald. Le dernier sera incarcéré à la prison de Rouen.
    Le monument se propose de commémorer le maquis de Barneville comme le symbole de la lutte pour la liberté et contre toutes les forces d’oppression. Le monument de Barneville souligne l’importance d’un lieu témoin d’un évènement d’exemplarité nationale, il favorise une réappropriation du passé par l’intermédiaire du lieu.
    « Ainsi, pour exercer cette faculté du cerveau [la mémoire], doit-on...choisir en pensée des lieux distincts, se former des images des choses qu’on veut retenir, puis ranger ces images dans les divers lieux. Les lieux sont les tablettes de cire sur lesquelles on écrit ; les images sont les lettres qu’on y trace. » Cicéron, De Oratore, II, LXXXVI, 351-354.
    Le monument du Maquis de Barneville déroge à la typologie traditionnelle du monument commémoratif, il ne représente pas les Maquisards, il s’ancre dans l’espace en invitant à une réflexion sur la portée symbolique des évènements qui s’y sont déroulés.

    La commande  :

    Les stèles du Maquis de Barneville furent érigées à la Libération par les anciens des FFI-FTPF et le village de Barneville pour honorer la mémoire des résistants du maquis morts pour la France. Un sentier forestier guide le promeneur sur les anciens lieux de vie des maquisards. Le chemin jusqu’à l’entrée de l’ancienne marnière rappelle ainsi la présence durant plusieurs mois de ces combattants. Le monument est un témoin de pierre et le reflet d’une mentalité. Il est très simple d’aspect. Le manque d’argent, mais aussi le choix esthétique et la volonté égalitaire expliquent la simplicité de la plupart des monuments commémorant les actes de résistances.
    Les différents acteurs de la Mémoire de la résistance sont souvent les familles, les anciens combattants et leurs associations. Les municipalités et associations restent les acteurs essentiels. Les lois en vigueur sont multiples. Un décret du 12 avril 1946 (modifié et précisé en 1968) fixe les conditions d’apposition des plaques. A partir de 1982, c’est le Maire de la commune qui peut décider de cette apposition. Le type de monument commémoratif de la résistance le plus répandu est la stèle rendant hommage aux morts sur le site, comme pour le Monument du Maquis de Barneville (parfois, c’est sur la maison de naissance ou d’habitation du résistant). En théorie, l’entretien des stèles revient à leur créateur, ici la municipalité sinon le Souvenir Français.

    Réception de la sculpture commémorative et évolution dans le temps de cette réception de l’œuvre :
    Le lien entre le monument et le lieu est capital, il génère le déploiement d’un parcours commémoratif. La réception dans le temps du monument du Maquis de Barneville dépend de la force de l’inscription du Monument dans son environnement. Lors des cérémonies du 8 Mai la municipalité de Barneville dépose une gerbe au pied des deux Stèles. Ainsi la reconnaissance nationale, la lisibilité, l’entretien et la disposition des stèles favorisent la perception du lieu en tant que lieu de Mémoire. Mais l’aménagement dans le bois de sentiers de grande randonnée a fait pousser à l’entrée des sentiers et à proximité de la première stèle une poubelle.
    L’articulation entre le lieu de randonnée et lieu de mémoire s’effectue avec difficulté. La perméabilité des parcours joue contre l’inscription du monument dans le lieu, même si elle favorise la fréquentation « involontaire » du monument. L’attribution non exclusive du lieu à sa fonction mémorielle engendre des difficultés de réception du monument dans le temps. »