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    Publié : 3 août 2010
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    La camp d’Aurigny/Alderney

    1) Une présentation succincte

    d’après " Résistance Unie ", le journal de l’ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance) en Gironde.

    http://www.matisson-consultants.com/affaire-papon/aurigny.htm

    « Les îles anglo-normandes ont été occupées par les armées allemandes à partir de 1940.

    Dès l’invasion allemande, l’entière population d’Aurigny fut évacuée, à l’exception d’un seul paysan qui préféra rester sur place.

    En 1943, deux membres du parti nazi, numérotés 6 et 8 dans la hiérarchie, Adam Adler et Heinrich Evers furent désignés pour commander le camp ; les ordres leur étaient transmis par celui de Neuengamme.

    Ainsi, c’est un commando lointain d’un des premiers camps nazi, créé en 1938 en Allemagne, qui était établi dans l’île. Il était composé de plusieurs milliers de Russes, de Français (dont plusieurs centaines de juifs, maris d’ "aryennes "), de Républicains espagnols, d’Allemands, de Nord-Africains venant de Marseille (dénommés ZKZ), de trois Chinois, d’un Italien, …

    La présence de civils russes dans l’île (la plupart jeunes), semble trouver une explication dans le besoin de main-d’œuvre civile transférée à Aurigny après les conquêtes territoriales de la Wehrmacht jusqu’en 1942.

    Les Allemands condamnés de droit commun ou "associables " portaient tous des pyjamas ; les Républicains espagnols le brassard R.S. (Rott Spanien = Rouge espagnol), les autres, en particulier les Français, une bande de peinture blanche sur les coutures du pantalon, signe qui se révéla, par la suite, lourd de conséquences ("à abattre systématiquement en cas d’insoumission ")

    687 Russes moururent dans des conditions atroces : dépaysement, humiliation continuelle, nutrition à peu près inexistante, coups, travaux forcés ; ils furent enterrés sur place. D’autres, Espagnols, Arabes, Français, subirent des sorts analogues.

    Il faut signaler que, par manque d’eau potable, beaucoup de déportés ont été atteints de fortes fièvres ; pour les Russes, notés par les Allemands comme atteints de typhus, la maladie n’était qu’un prétexte à de très mauvais traitements.

    Tour à tour, le cheptel humain était "loué ", par une importante firme de Coblence, aux services de l’organisation Todt, à la Deutschestrasse…, d’où la diversité de commandos de travail.

    N’ayant ni chambre à gaz, ni crématoire, ils transformèrent un tunnel où les déportés du camp seraient "murés " en cas de rébellion ou de débarquement des armées alliées.

    Celui-ci existait avant la création du camp puisqu’il permettait l’accès à la mer. Un matin, tout au début d’avril 1944, une équipe fut contrainte, par les SS, de murer l’une des extrémités (côté mer) et d’obstruer les bouches d’aération qui s’y trouvaient afin de laisser sur le devant (côté camp), une ouverture permettant le passage d’un ou deux hommes à la fois. A l’intérieur de ce "tunnel ", des ballots de paille avaient été entreposés.

    Deux essais sous forme d’alerte, ont été expérimentés pour estimer le temps de remplissage avec tous les détenus du camp. Par ailleurs, des socles en ciment armé, pour nid de mitrailleuses, avaient été placés à l’entrée, non pas contre un éventuel agresseur mais dirigés vers l’intérieur du tunnel. C’était le lieu de leur extermination !

    Heureusement pour tous, un ordre d’évacuation précipité survint le 7 mai 1944.

    Il s’agissait de transférer les déportés en Allemagne, sans doute à Neuengamme, via la France.

    Entre Cherbourg, Lille et Hazebrouck, un grand nombre de déportés s’évadèrent du train, grâce aux cheminots français (certains repris ont été fusillés) : tous les autres furent internés dans le Nord de la France, à Boulogne-sur-Mer et aux environs, puis libérés à Dixmude grâce à la Résistance belge. Ce transfert avait duré 13 jours, en wagons à bestiaux et plombés.

    Ce n’est que dans la nuit du 26 au 27 juin 1944, immédiatement après la libération de Cherbourg, que les derniers déportés quittèrent l’île d’Aurigny (sauf environ vingt déportés Républicains espagnols, affectés à des travaux spécialisés). Ce n’est que vers le 10 août 1944 que les 20 Républicains espagnols furent transférés à Jersey au Fort Régent, où ils prirent très vite une part active dans toutes les actions de sabotage contre les nazis. La libération ne vint pour eux que le 9 mai 1945.
    L’île pillée n’a été rendue à la population qu’en mai et décembre 1945. »

    2) Un dossier complet dans la revue Mémoire vivante, le n° 50 de décembre 2006 :

    http://www.fmd.asso.fr/updir/37/memoire_vivante50.pdf

    Cf en pièce jointe ledit dossier

    3) Une recherche universitaire :

    Les déportés de France internés sur l’île d’Aurigny

    http://www.crhq.cnrs.fr/_index.php?page=masters/resumes/M1-BENOIT&suite=

    Type de Master : M1
    - Année universitaire : 2007-2008 -
    Etudiant : Luc BENOIT
    sous la direction de Jean Quellien

    « Les déportés de France vers l’île d’Aurigny » est un sujet qui se démarque par sa singularité. C’est sur ce lieu de l’occupation allemande peu connu qu’ont été déportés plusieurs groupes de personnes parmi lesquelles un grand nombre de Juifs (plus de 70% des déportés, majoritairement des conjoints d’aryennes), mais aussi des Républicains espagnols, des Bas-normands ou encore des raflés de Marseille. Ce sujet a amené à se poser la question de la méconnaissance de cette île anglo-normande en tant que lieu de déportation. Grâce en grande partie aux archives du BAVCC et aux sources de l’Amicale d’Aurigny, nous avons pu mieux connaître le parcours de ces déportés. L’île d’Aurigny se décomposait en quatre camps. Les 853 déportés de France recensés ont été affectés au camp n°2 dit Norderney (deux autres appartenaient au camp de Sylt avec la Baubrigade I, kommando dépendant de Sachsenhausen). Les premiers déportés de l’île sont des Russes arrivés pendant l’hiver 41-42 dans le camp d’Helgoland. Les premiers déportés de France sont des Républicains espagnols arrivés dès le 22 février 1942. Ils ne sont qu’une cinquantaine qui rejoignent d’autres déportés russes. Puis, ils gagnent d’autres chantiers au milieu de l’été 1943, date à laquelle Norderney est occupé par des Juifs (environ 600) majoritairement conjoints d’aryennes qui arrivent en deux convois distincts les 12 août et 11 octobre après avoir transité par Querqueville dans la région cherbourgeoise. Entre ces deux convois un autre transport composé d’environ 120 individus provenant de Compiègne se greffe à eux le 9 septembre. L’évacuation des Juifs s’effectuant le 7 mai 1944, deux nouveaux convois arrivent sur l’île à la fin de l’occupation allemande en Normandie, celui du 17 mai composé d’une vingtaine de personnes, des Bas-normands surtout arrêtés pour faits de résistance, et de nouveau des Républicains espagnols le 5 juin. Toute cette population est évacuée de l’île le 25 juin de cette même année.

    Nous avons pu mettre en avant le fait que leur déportation répondait avant tout à un besoin de main-d’œuvre et que la reconnaissance de cet endroit comme un lieu de répression du IIIe Reich a pu se faire grâce à l’activité après la guerre des israélites présents dans le camp possédant un statut social élevé. Ainsi les avocats ont pu effectuer les démarches nécessaires pour faire accepter leur statut en mettant en avant l’imbrication d’un mode de résidence concentrationnaire avec un mode de travail semblable aux requis de l’organisation Todt. Plusieurs obstacles se sont dressés devant eux, comme la libération pour la totalité d’entre eux avant la fin de l’été 1944, le faible nombre de morts sur l’île (seulement quatre), l’assimilation à un simple chantier Todt, ou encore leur statut de « conjoints d’aryennes » les opposant administrativement et géographiquement aux autres déportés juifs des camps de l’est.

    Ce groupe de déportés a souvent été laissé à l’écart des grandes études sur la déportation, laissé de côté par Serge Klarsfeld et incorporé après de vifs débats dans l’étude de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Depuis l’inscription des déportés juifs d’Aurigny sur le mur des noms au mémorial de la Shoah en 2002, les déportés de France vers Aurigny ont achevé leur processus de reconnaissance de la répression nazie."

    4) Bibliographie :

    Jean-Louis VIGLA,
    "Histoire d’un camp nazi : l’île d’Aurigny (Alderney)"
    paru chez Alan Sutton (France), 8 rue du Docteur Ramon,
    37540 SAINT-CYR-SUR-LOIRE.
    ISBN : 2 - 84253 - 790 – 4

    Le premier livre en français traitant du sujet est également de Jean-Louis Vigla, "Évadés d’Aurigny", le récit de l’évasion de son père.
    Edition ISOETE,
    123 avenue Amiral-Lemonnier,
    50100 CHERBOURG-OCTEVILLE.

    L’auteur, journaliste de formation, disposant, entre autres, du témoignage direct de son père, interné en 1942 et évadé en 1943, a mené une véritable enquête sur cette prison allemande.
    Les récits et témoignages proviennent d’interviewes de témoins directs, de documents de première main, le tout d’un point de vue français.

    Il a ouvert également une page personnelle que l’on peut consulter sur
    « AURIGNY l’île-bagne » :

    http://aurigny.e-monsite.com/

    Pour ceux qui lisent l’anglais, on peut consulter aussi :

    "Alderney, fortress island" par T.X.H. Pantcheff
    paru chez Phillimore & Co. Ltd., Shopwyke manor Bar
    CHICHESTER, SUSSEX, ENGLAND P020 6BG.
    ISBN : 0 - 85033 - 432 - 2

    ainsi que

    "Alderney at war" par Brian Bonnard
    paru chez Alan Sutton Publishing, Phoenix Mill
    STROUD, GLOUCESTERSHIRE.
    ISBN : 0 - 7509 - 0343 - 0